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Interview d'Edwige Dangbo Degbey
Vendredi, 25 Mai 2012 17:52

Edwige Dangbo Degbey est chargée des programmes Bourses et Micro-Interventions Projets (MIP) à la Représentation de la CTB Bénin. Elle revient avec nous sur son parcours et sur les grandes leçons qu'elle tire de son métier.

Bonjour Edwige. Peux-tu brièvement revenir sur ton parcours académique et professionnel?

D'abord j'ai fait le cycle 1 de l'Ecole Nationale d'Administration en diplomatie et relations internationales parce que je voulais travailler dans les institutions internationales et que je n'avais aucune envie d'être dans une administration publique "normale". Je préfère le contact avec d'autres cultures,  je suis curieuse et j'aime donc apprendre par rapport aux autres.
Donc, dès que j'ai fini ma formation, j'ai fait un stage à la direction du protocole d'Etat du Ministère des Affaires Etrangères. J'ai participé à quelques réunions internationales, mais plutôt comme hôtesse d'accueil des participants.
Après ça, je suis allé sur un projet du Royaume du Danemark avec Danida. J'ai fait 4 ans à Abomey dans un projet sur l'appui à l'organisation et à l'opérationnalisation des structures déconcentrées de concertation au niveau départemental.

Quand la CTB a lancé un recrutement pour un gestionnaire logistique, et comme j'avais déjà des entrées dans le milieu et que j'avais étudié les relations internationales, fait de la comptabilité, etc. tout cela favorisait mon recrutement par la coopération belge.
J'ai occupé le poste de gestionnaire logistique et des marchés publics pendant 1 an et il y a eu un remaniement à l'interne. Celle qui avait été recruté comme gestionnaire des Bourses et des MIP a été nommée Chargée de programme santé et le Représentant Résident m'a demandé si je souhaitais reprendre son poste. Comme c'est un poste de contact avec les communautés et que j'aime beaucoup cela, j'ai immédiatement accepté.
C'est comme ça qu'en septembre 2008 j'ai pris le poste de Chargée des Bourses et des MIP.

Avec deux programmes à ta charge, comment arrives –tu à jongler avec les priorités et  à gérer ton emploi du temps?

A la CTB c'est toujours très difficile parce qu'il y a toujours d'autres interférences qui s'imposent à toi, même si tu fais un planning dans une journée ou dans une semaine, il est dur de le respecter totalement!
La chance que j'ai, c'est que j'ai des "périodes de pointe" qui se succèdent. Par exemple, fin décembre, je sais que je dois me consacrer au lancement des 2 programmes, mais à des périodes données de l'année, un programme prime sur l'autre, parce qu'il y a nécessité de respecter aussi certains engagements et des deadlines par rapport au siège de la CTB.
C'est le cas des MIP qui doivent être sélectionnés au plus tard fin juin, c'est le cas du programme bourses (en février je dois clôturer les sélections des dossiers en direction de la Belgique et en août je dois clôture les sélections locales). Cela fait que, pendant cette période là, je m'organise pour me consacrer uniquement à l'un ou l'autre de ces programmes pour pouvoir respecter ces deadlines là.

Trouves-tu qu'il y ait des points communs entre le programme Bourse et le Programme MIP?


Le seul point commun entre les deux programmes c'est le contact avec les communautés.

Avec les bourses, tu as les relations humaines qui entrent en jeu. Tu es en contact des gens. Et moi j'aime bien ça. Tu discutes avec les personnes, ça te permet de les connaître, de contribuer un peu… tu te sens un peu responsable de leur développement personnel, tu vois?

En octroyant une bourse à quelqu'un, c'est vrai qu'on vise le programme et l'appui institutionnel. Mais ce que ça apporte à l'individu compte beaucoup, et quand une personne  revient vers toi pour te dire "vraiment, ce que la CTB a fait pour moi..." ou "le diplôme que j'ai eu, franchement, ça m'a permis d'avoir ceci", il y a un certain réconfort par rapport au fait que tu as participé à son épanouissement.

C'est la même chose avec le Programme MIP. Accorder un financement à des femmes qui sont vraiment dans le dénuement, qui ont besoin qu'on les accompagne, et l'enthousiasme même avec lequel on vous accueille quand vous allez là-bas, ça montre que vous avez fait quelque chose de plus dans leur vie. Vous avez apporté quelque chose de positif pour eux.
Pour moi, ce sont des réconforts et, sur ce point là, les deux programmes sont vraiment similaires.

Cela recoupe un peu ce que tu viens de dire, mais est-ce que tu as un souvenir particulièrement beau que tu voudrais partager?

…Un beau souvenir?…C'est tous les jours.
Une fois, quelqu'un que je ne connaissais pas est venu me voir. Je ne l'avais jamais vu. Il était venu pour avoir des informations sur les bourses et je l'ai reçu. Et il m'a dit, "Ah, Madame, ce n'est pas courant mais vraiment, vous être très disponible et vous m'écoutez, alors que, généralement, quand on va dans ce genre d'institutions on sent que les gens sont tellement occupés qu'ils vous consacrent très peu de temps" et ça m'a fait plaisir.
Je me suis dit que, le travail qu'on fait, même si on s'énerve parfois et qu'il y a du stress, qu'on sent qu'on est sous pression, ceux qui sont à l'extérieur reconnaissent quand même le travail qu'on fait pour eux, et ça vraiment, c'était quelque chose de positif.

Il y a aussi l'accueil qu'on reçoit, chaque fois qu'on fait des visites de terrain pour les MIP, l'enthousiasme avec lequel on est accueilli. Ils sont prêts à te dire "Non, viens manger avec nous!"…Tu vois, ça c'est des joies qui font que, à chaque fois que je me dis "je vais changer de poste", "je vais changer de métier",etc. je  finis pourtant par m'assoir en me disant "j'aime ce que je fais, je l'aime vraiment!" [rires].

Parce que j'aime vraiment ça, créer des contacts et des relations humaines.

Le programme Bourses est en train de subir quelques mutations... Quelle évolution perçois-tu pour ce programme, et avec quelle pertinence?

Je suis très contente que les choses aient changées comme ça. C'est vrai que nous octroyons des bourses pour des individus, mais la plupart du temps, après leur formation, nous n'étions pas en mesure de dire "pour telle organisation, nous avons appuyé telle ou telle personne", "ça a eu tel impact sur les prestations de cette organisation"… On n'était pas en mesure de donner de tels résultats.

Alors que le nouveau Programme Bourses nous donne la possibilité de cibler les organisations avant d'aller vers elles. Il s'agit de faire un travail en amont pour déterminer là où il y a des difficultés organisationnelles ou bien des difficultés managériales au niveau de ces structures-là. On détermine leurs besoins et on propose des formations appropriées aux membres du personnel. Quand la personne finit sa formation, on sait qu'elle retourne dans son organisation d'origine pour combler le déficit qu'on a constaté au départ.

Et ça, c'est ce travail fondamental que nous voulons faire à partir du nouveau programme. Et les projets doivent nous appuyer à identifier les structures bénéficiaires. Comme ces projets sont à l'intérieur du pays, ils sont au contact des Directions Départementales de Santé (DDS), des Centres Régionaux de Promotion de l'Agriculture (CeRPA),… et même des Organisations Paysannes (OPA). Car on n'entend pas rester seulement au niveau des structures étatiques ou des Directions Départementales. Si  l'un des projets constate qu'il y a une structure faitière, d'opérateurs économiques ou bien d'une organisation paysanne, qui a une faiblesse à un certain niveau, ils peuvent solliciter l'appui du Programme Bourse. Avec le projet on va voir comment s'organiser pour que cette personne aille faire, même si ce n'est pas une formation diplomante, des stages de quelques mois pour renforcer leurs capacités.

Un dernier mot ou une idée que tu voudrais partager? Sur l'ambiance de travail à la CTB?

J'adore! Au départ  ce n'était pas facile de s'intégrer dans le groupe. C'était vraiment difficile parce qu'il y avait quelques tensions entre 2007 et 2008. Mais avec l'ambiance que nous avons aujourd'hui, c'est très très difficile pour nous, en tant que collaborateurs, d'envisager de quitter en ce moment.
Même si nous trouvons des opportunités ailleurs, on se dit forcément "est-ce que je vais trouver la même chaleur  qu'il y a ici?". On compare tout ça et on se dit, "est-ce que je peux encore partir?".
 La plupart d'entre nous, je suis sûre que c'est ça qui nous retient. L'ambiance de travail est au top. On s'entraide, il n'y a pas de clivages. Si l'autre à un problème, il peut se confier à toi. C'est l'entraide entre nous, je pense que c'est une très bonne ambiance.

Merci pour ton énergie communicative, Edwige.