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Edwige Dangbo Degbey est chargée des programmes Bourses et
Micro-Interventions Projets (MIP) à la Représentation de la CTB Bénin. Elle revient avec
nous sur son parcours et sur les grandes leçons qu'elle tire de son métier.
Bonjour Edwige. Peux-tu brièvement revenir sur ton parcours académique et professionnel?
D'abord j'ai fait le cycle 1 de l'Ecole Nationale d'Administration en
diplomatie et relations internationales parce que je voulais travailler
dans les institutions internationales et que je n'avais aucune envie
d'être dans une administration publique "normale". Je préfère le contact
avec d'autres cultures, je suis curieuse et j'aime donc apprendre par
rapport aux autres.
Donc, dès que j'ai fini ma formation, j'ai fait un stage à la direction
du protocole d'Etat du Ministère des Affaires Etrangères. J'ai participé
à quelques réunions internationales, mais plutôt comme hôtesse
d'accueil des participants.
Après ça, je suis allé sur un projet du Royaume du Danemark avec Danida.
J'ai fait 4 ans à Abomey dans un projet sur l'appui à l'organisation et
à l'opérationnalisation des structures déconcentrées de concertation au
niveau départemental.
Quand la CTB a lancé un recrutement pour un gestionnaire logistique, et
comme j'avais déjà des entrées dans le milieu et que j'avais étudié les
relations internationales, fait de la comptabilité, etc. tout cela
favorisait mon recrutement par la coopération belge.
J'ai occupé le poste de gestionnaire logistique et des marchés publics
pendant 1 an et il y a eu un remaniement à l'interne. Celle qui avait
été recruté comme gestionnaire des Bourses et des MIP a été nommée
Chargée de programme santé et le Représentant Résident m'a demandé si je
souhaitais reprendre son poste. Comme c'est un poste de contact avec
les communautés et que j'aime beaucoup cela, j'ai immédiatement accepté.
C'est comme ça qu'en septembre 2008 j'ai pris le poste de Chargée des Bourses et des MIP.
Avec deux programmes à ta charge, comment arrives –tu à jongler avec les priorités et à gérer ton emploi du temps?
A la CTB c'est toujours très difficile parce qu'il y a toujours d'autres
interférences qui s'imposent à toi, même si tu fais un planning dans
une journée ou dans une semaine, il est dur de le respecter totalement!
La chance que j'ai, c'est que j'ai des "périodes de pointe" qui se
succèdent. Par exemple, fin décembre, je sais que je dois me consacrer
au lancement des 2 programmes, mais à des périodes données de l'année,
un programme prime sur l'autre, parce qu'il y a nécessité de respecter
aussi certains engagements et des deadlines par rapport au siège de la
CTB.
C'est le cas des MIP qui doivent être sélectionnés au plus tard fin
juin, c'est le cas du programme bourses (en février je dois clôturer les
sélections des dossiers en direction de la Belgique et en août je dois
clôture les sélections locales). Cela fait que, pendant cette période
là, je m'organise pour me consacrer uniquement à l'un ou l'autre de ces
programmes pour pouvoir respecter ces deadlines là.
Trouves-tu qu'il y ait des points communs entre le programme Bourse et le Programme MIP?
Le seul point commun entre les deux programmes c'est le contact avec les communautés.
Avec les bourses, tu as les relations humaines qui entrent en jeu. Tu es
en contact des gens. Et moi j'aime bien ça. Tu discutes avec les
personnes, ça te permet de les connaître, de contribuer un peu… tu te
sens un peu responsable de leur développement personnel, tu vois?
En
octroyant une bourse à quelqu'un, c'est vrai qu'on vise le programme et
l'appui institutionnel. Mais ce que ça apporte à l'individu compte beaucoup, et quand une
personne revient vers toi pour te dire "vraiment, ce que la CTB a
fait pour moi..." ou "le diplôme que j'ai eu, franchement, ça m'a permis
d'avoir ceci", il y a un certain réconfort par
rapport au fait que tu as participé à son épanouissement.
C'est la même chose avec le Programme MIP. Accorder un financement à des
femmes qui sont vraiment dans le dénuement, qui ont besoin qu'on les
accompagne, et l'enthousiasme même avec lequel on vous accueille quand
vous allez là-bas, ça montre que vous avez fait quelque chose de plus
dans leur vie. Vous avez apporté quelque chose de positif pour eux. Pour moi, ce sont des réconforts et, sur ce point là, les deux programmes sont vraiment similaires.
Cela recoupe un peu ce que tu viens de dire, mais est-ce que tu as un
souvenir particulièrement beau que tu voudrais partager?
…Un beau souvenir?…C'est tous les jours.
Une fois, quelqu'un que je ne connaissais pas est venu me voir. Je ne
l'avais jamais vu. Il était venu pour avoir des informations sur les
bourses et je l'ai reçu. Et il m'a dit, "Ah, Madame, ce n'est pas
courant mais vraiment, vous être très disponible et vous m'écoutez,
alors que, généralement, quand on va dans ce genre d'institutions on
sent que les gens sont tellement occupés qu'ils vous consacrent très peu
de temps" et ça m'a fait plaisir.
Je me suis dit que, le travail qu'on fait, même si on s'énerve parfois
et qu'il y a du stress, qu'on sent qu'on est sous pression, ceux qui
sont à l'extérieur reconnaissent quand même le travail qu'on fait pour
eux, et ça vraiment, c'était quelque chose de positif.
Il y a aussi l'accueil qu'on reçoit, chaque fois qu'on fait des visites de
terrain pour les MIP, l'enthousiasme avec lequel on est accueilli. Ils
sont prêts à te dire "Non, viens manger avec nous!"…Tu vois, ça c'est
des joies qui font que, à chaque fois que je me dis "je vais changer de
poste", "je vais changer de métier",etc. je finis pourtant par m'assoir en me
disant "j'aime ce que je fais, je l'aime vraiment!" [rires].
Parce que j'aime vraiment ça, créer des contacts et des relations humaines.
Le programme Bourses est en train de subir quelques mutations... Quelle
évolution perçois-tu pour ce programme, et avec quelle pertinence?
Je suis très contente que les choses aient changées comme ça. C'est vrai
que nous octroyons des bourses pour des individus, mais la plupart du
temps, après leur formation, nous n'étions pas en mesure de dire "pour
telle organisation, nous avons appuyé telle ou telle personne", "ça a eu
tel impact sur les prestations de cette organisation"… On n'était pas
en mesure de donner de tels résultats.
Alors que le nouveau Programme Bourses nous donne la possibilité de
cibler les organisations avant d'aller vers elles. Il s'agit de faire un
travail en amont pour déterminer là où il y a des difficultés
organisationnelles ou bien des difficultés managériales au niveau de ces
structures-là. On détermine leurs besoins et on propose des formations
appropriées aux membres du personnel. Quand la personne finit sa
formation, on sait qu'elle retourne dans son organisation d'origine pour
combler le déficit qu'on a constaté au départ.
Et ça, c'est ce travail fondamental que nous voulons faire à partir du
nouveau programme. Et les projets doivent nous appuyer à identifier les
structures bénéficiaires. Comme ces projets sont à l'intérieur du pays,
ils sont au contact des Directions Départementales de Santé (DDS), des
Centres Régionaux de Promotion de l'Agriculture (CeRPA),… et même des
Organisations Paysannes (OPA). Car on n'entend pas rester seulement au
niveau des structures étatiques ou des Directions Départementales. Si
l'un des projets constate qu'il y a une structure faitière, d'opérateurs
économiques ou bien d'une organisation paysanne, qui a une faiblesse à
un certain niveau, ils peuvent solliciter l'appui du Programme Bourse.
Avec le projet on va voir comment s'organiser pour que cette personne
aille faire, même si ce n'est pas une formation diplomante, des stages
de quelques mois pour renforcer leurs capacités.
Un dernier mot ou une idée que tu voudrais partager? Sur l'ambiance de travail à la CTB?
J'adore! Au départ ce n'était pas facile de s'intégrer dans le groupe.
C'était vraiment difficile parce qu'il y avait quelques tensions entre
2007 et 2008. Mais avec l'ambiance que nous avons aujourd'hui, c'est
très très difficile pour nous, en tant que collaborateurs, d'envisager
de quitter en ce moment.
Même si nous trouvons des opportunités ailleurs, on se dit forcément
"est-ce que je vais trouver la même chaleur qu'il y a ici?". On compare
tout ça et on se dit, "est-ce que je peux encore partir?".
La plupart d'entre nous, je suis sûre que c'est ça qui nous retient.
L'ambiance de travail est au top. On s'entraide, il n'y a pas de
clivages. Si l'autre à un problème, il peut se confier à toi. C'est
l'entraide entre nous, je pense que c'est une très bonne ambiance.
Merci pour ton énergie communicative, Edwige.
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